LES PREMIERS ECHANGES

Formes primitives

Personne ne sait dater l’invention de la monnaie. Très vite sûrement les premiers hommes ont eu l’idée du troc : s’échanger des objets (outils, produits artisanaux, coquillages, pierres semi-précieuses ou ambre), de la nourriture ou s’échanger des services (en nature ou « au pair »).

Pour l’anecdote, ce système a duré longtemps : les premiers légionnaires romains étaient payés avec du sel, à l’origine du mot salaire !

L’invention des unités de compte

Ce système s’est peu à peu développé et structuré autour des produits agricoles (quantité de graines, feuilles, …) ou d’élevage (peaux, têtes de bétail, …)

Chez les aztèques, la fève de cacao était un moyen d’échange dans toute l’Amérique centrale :

  • Un esclave valait 100 fèves,
  • Les faveurs d’une courtisane 80 fèves,
  • Un lapin 10 fèves. (Source Wikipédia)

Ces formes d’unités de compte étaient pratiques sur une aire géographique restreinte mais ne pouvaient pas servir à des échanges entre zones géographiques éloignées car la valeur des produits n’était pas la même chez les différents peuples.

Des formes plus avancées de gestion des échanges ont été utilisées en Mésopotamie et en Egypte : des écritures cunéiformes sur des tablettes d’argile révèlent des écritures comptables. On appelle cela de la monnaie scripturale. Les scribes tenaient des registres comptables et quiconque ne pouvait honorer sa dette était susceptible d’asservissement en tant qu’esclave (des membres de la famille pouvaient également être réduits en esclavage pour dette !).

Périodiquement, les tablettes étaient détruites et les dettes effacées. Les esclaves travaillant pour une autre personne pour rembourser une dette étaient libérés et retrouvaient leurs droits de paysans.

Vers 1400 av. J.C., la tradition d’annulation des dettes s’est perdue. Les terres étaient alors accaparées par les grands propriétaires privés et l’esclavage pour dette fut de retour…

L’apparition de la monnaie métallique

Les métaux ont toujours été recherchés. En effet, ils ont des qualités propres et sont relativement rares :

  • Ils ont une valeur intrinsèque basée sur la rareté (plus le métal est rare et plus il « vaut » cher),
  • Ils sont durables (ou presque, seul l’or ne s’oxyde pas)
  • La matière est homogène
  • Ils sont plus ou moins malléables, donc divisibles et peuvent porter une empreinte.

Le métal de référence s’est révélé être l’or : valeur intrinsèque reconnue par tous les peuples, ne s’altérant pas, facilement frappable et souvent associé à une symbolique religieuse ou de pouvoir.

Les premières pièces retrouvées sont celles du roi Alyatte II qui régna sur la Lydie (Asie Mineure) entre 610 et 560 av. J.C.

Cependant on considère que l’inventeur de la monnaie métallique est Gygès, roi de Lydie, qui en 687 av. J.C. imposa l’usage de morceaux d’electrum (alliage naturel d’or et d’argent) : poids invariable, même forme et marqués d’un signe authentifiant l’étalonnage.

Les pépites d’electrum étaient extraites du fleuve Pactole d’où l’expression « toucher le pactole » !

Crésus, le fils du roi Alyatte II de Lydie fonda un système bimétalliste grâce au progrès de la métallurgie capable de séparer l’or de l’argent. Sa renommée survit encore aujourd’hui dans l’expression « être riche comme Crésus ».

Durant le premier millénaire av. J.C. les Perses battaient aussi monnaie en se reposant sur les deux métaux : une monnaie d’or valant 13.5 monnaies d’argent.

La monnaie a alors accompagné l’apparition et le développement du commerce de détail.

L’ADOPTION DE LA MONNAIE MÉTALLIQUE DANS L’ANTIQUITÉ

Le système monétaire grec

La monnaie athénienne était frappée sous contrôle public et avait cours légal : les autorités pouvaient rémunérer les prestations (payer les soldats par exemple) et les citoyens pouvaient payer leurs impôts avec elle. Elle avait aussi un caractère juridique, les indemnités accordées par les juges ou les peines pouvaient se faire en monnaie (cela évitait les peines physiques et les cessions de terre).

En réalité, Athènes utilisait principalement l’argent (drachme), d’où l’identité historique entre monnaie et argent ! L’or (statère) était réservé pour les conditions d’urgence militaire.

Les mines d’argent en Attique (péninsule d’Athènes dans la mer Egée) employaient entre 20 et 30 000 personnes (principalement des esclaves) !

Alexandre le Grand rémunéra des mercenaires pour financer de grandes armées et conquit ainsi toute l’Asie mineure. Il identifiait les mines d’or et d’argent et créa partout des ateliers de frappe de monnaie. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que « la monnaie est le nerf de la guerre » !

Les monnaies métalliques se répandirent rapidement sur tout le pourtour méditerranéen.

Le système romain

Les premières monnaies métalliques romaines étaient de petits lingots de bronze (alliage de cuivre) orné d’un bœuf. Le premier atelier de frappe était installé à Rome, sur la colline du Capitole, à proximité du temple de Junon Moneta (déesse qui avertit et qui conseille). Le mot monnaie dérive de ce nom.

Les lingots furent remplacés par les pièces en bronze, le sesterce.

Au début de l’ère chrétienne, l’empereur Auguste réorganisa le système monétaire avec :

  • Le sesterce de bronze,
  • Le denier d’argent, frappée d’un X, valant 4 sesterces,
  • L’aureus, pesant 8g d’or, valant 25 deniers.

Les monnaies devinrent des instruments de propagande à la gloire de l’empereur via son portrait frappé sur les pièces.

Mais chaque empereur a voulu sa propre monnaie et la fluctuation de la teneur en métal précieux a valu aux monnaies romaines une certaine mauvaise réputation.

Et en Chine ?

En Chine, des outils métalliques (couteaux et houes) étaient utilisés comme intermédiaires dans les premiers échanges puis des lingots métalliques, notamment en argent. La première monnaie est apparue sous le règne de Qin Shi Huangdi (221-210 av. J.C) qui unifia la Chine et créa la grande muraille. Il imposa l’usage exclusif de la monnaie ronde à trou carré en cuivre. Cette monnaie servait à payer les troupes et était acceptée pour payer l’impôt. Elle survécut jusqu’en 1837 !

Il n’y eu jamais assez d’or et d’argent pour frapper des pièces mais les gros commerçants utilisèrent les lingots d’argent à travers les siècles.

LES MONNAIES METALLIQUES AU MOYEN-AGE

La chute de l’empire romain

 Les cités grecques cessèrent de frapper des pièces au IIIe siècle à cause des mouvements inflationnistes (les prix grimpent et il faut toujours plus de monnaie).

 Le système monétaire romain était en usage dans tout l’Empire. Pour contrer l’inflation et les manipulations, l’empereur Constantin (306-337) réforma le système et créa le solidus d’or (origine du mot sou mais aussi solde, payer un soldat).

L’or provenait de la Méditerranée et se fit plus rare après la chute de l’Afrique byzantine et la prise de Carthage (439).

En 692, le calife Abd al-Malik de Damas a introduit le dinar d’or dans le monde musulman. Il s’imposera comme la monnaie de référence dans toute la Méditerranée pendant des siècles.

L’essor des monnaies métalliques en Europe

Faute d’approvisionnement en or puis avec l’arrivée de monnaies en argent anglo-saxonnes et des actuels Pays-Bas, la Gaule puis le premier royaume Franc dut utiliser l’argent avec le denier, du nom de l’ancienne monnaie romaine.

Charlemagne (774-814) fixa de tailler 240 deniers dans une livre d’argent et jeta les bases d’un système monétaire qui durera jusqu’à la Révolution : 1 livre = 20 sous ou 240 deniers.

Une division du denier était cependant frappée, l’obole d’argent, et correspond à sa moitié. Ne dit-on pas encore « donner ou verser son obole à une œuvre ou un mendiant » ?

L’AVENEMENT DES BANQUIERS

La création des certificats

En 1640, le roi Charles 1er, roi d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, connaissait de graves difficultés financières. Il fit saisir les lingots d’or et d’argent déposés à la Tour de Londres. Pris de peur, les aristocrates transférèrent leurs métaux précieux (lingots, pièces et autres objets de valeur) dans des refuges considérés comme plus sûrs : les boutiques d’orfèvres.
En contrepartie, ils recevaient un reçu nominatif et détaillé appelé « certificat de dépôt ». Ils pouvaient récupérer à tout moment les valeurs mises en dépôt après avoir acquitté un droit de garde modique.

Petit à petit les orfèvres ont émis des reçus anonymes et mentionnant une valeur en livres sterling. Ils devinrent alors des fournisseurs de monnaie et les boutiques d’orfèvres devinrent des « banques de dépôt ».

La substitution du papier au métal

Les certificats de dépôt ont été utilisés dans les échanges commerciaux puisqu’ils garantissaient au détenteur une quantité de monnaie. Cette pratique s’est alors étendue dans toute l’Europe.

C’est ainsi qu’est apparue la monnaie papier, monnaie adossée à une quantité de monnaie métallique laissée en dépôt en lieu sûr, à l’instar du billet de banque connu en Chine dès le VIIIe siècle, ou les lettres de change inventées par les marchands italiens. La lettre de change était une dette payable à vue sous forme de monnaie métallique.

Pour garantir les monnaies, les différents états se basaient sur une quantité de métal détenu dans les coffres. Venise, alors république indépendante, devint la plateforme monétaire du monde. Elle garantissait l’arbitrage entre les cours de l’or et de l’argent entre Orient et Occident, provoquant de nombreuses difficultés dans certains pays comme la France, et des manipulations entre la valeur nominale des monnaies et la teneur en métal.

De la monnaie métallique à la monnaie fiduciaire

L’utilisation des certificats de dépôts et des lettres de change s’appuyait sur un montant d’espèces métalliques présentes dans les coffres. Ces pièces étaient retirées de la circulation active, la masse monétaire restait donc inchangée, seul l’aspect matériel des paiements était modifié : la circulation de papiers remplaçait partiellement la circulation de pièces.

Cependant les orfèvres se sont aperçus que le stock de monnaie sous leur garde ne descendait jamais en dessous d’un certain seuil :

  • Les dépôts et les retraits se compensaient largement,
  • Les détenteurs de certificats ne demandaient que rarement la conversion.

Dès lors, vers 1665, les orfèvres commencèrent à émettre des certificats en échange d’un titre de dette et non d’un dépôt. La valeur faciale de l’ensemble des certificats émis est alors devenue supérieure à la valeur du stock métallique détenu (rapport de 3 pour 1 environ). Pendant ce temps les orfèvres pouvaient faire fructifier l’or qui dormait auparavant. C’est la confiance des détenteurs qui rendu possible ce nouveau mode de fonctionnement.
Ainsi naquit la monnaie fiduciaire (fiducia en latin veut dire confiance). La valeur nominale d’un certificat n’était plus liée à la valeur intrinsèque du métal.

LA MONNAIE DETTE

L’avènement des banques centrales

Pour que le système de monnaie fiduciaire soit accepté par tous, il a fallu mettre en place une garantie que la masse monétaire était associée à une certaine quantité de monnaie métallique, elle-même adossée à une quantité définie de métal précieux.

Ce n’est qu’à partir de 1870, à l’initiative de l’Allemagne, qu’un véritable système monétaire international a été mis en place avec l’étalon-or.
L’étalon-or est un système monétaire dans lequel la devise (monnaie) d’un pays est basée sur l’or (et l’argent pour les plus petits montants) ou directement et facilement remboursable par de l’or et de l’argent. C’est la banque centrale du pays qui garantit que la quantité de monnaie émise est strictement limitée par ses réserves d’or.
Avec l’étalon-or, les monnaies peuvent être comparées entre elles et les balances des paiements entre pays peuvent être équilibrées avec des flux d’or. Cependant, les pays producteurs d’or sont avantagés.

Les deux guerres mondiales vont mettre un terme à l’étalon-or. Les Etats-Unis, grands vainqueurs, vont alors mettre en place un système d’étalon change-or : la valeur du dollar US est directement indexée sur une quantité d’or, tandis que les autres monnaies sont indexées sur le dollar (accords de Bretton-Woods en 1944).
En 1971, les Etats-Unis connaissent une situation économique en surchauffe : forte inflation, balance commerciale déficitaire, élections présidentielles proches. Le président Nixon décide alors de mettre un terme à la convertibilité des dollars en or. Le système financier moderne était né (1973) avec un taux de change entre monnaies entièrement flottant, créant une certaine volatilité…

L’argent n’est que crédit

Aujourd’hui la monnaie n’est plus garantie par de l’or en réserve, c’est de la monnaie scripturale : des unités de comptes sur des registres électroniques.
La masse monétaire n’est plus fonction des dépôts et des retraits mais uniquement régit par le mécanisme du crédit : les banques ont le pouvoir de créer de l’argent « ex nihilo » (à partir de rien) dans un certain rapport par rapport à leurs fonds propres. En donnant en garantie une petite fraction des dépôts des clients, la banque obtient le droit de créer par un jeu d’écriture de l’argent : elle écrit une ligne « crédit » sur le compte du client et lorsque le client rembourse son prêt, la ligne « crédit » est détruite mais la banque conserve les intérêts qui sont acquis.
C’est cette circulation d’argent-dette qui fait tourner l’économie. La contrepartie est que ce jeu du crédit conduit à une augmentation de la masse monétaire (argent en circulation) et provoque de l’inflation.

Le rôle des banques centrales (Banque Centrale Européenne (BCE), Federal Reserve System (Fed), Bank of Japan (BoJ), …) est de contrôler ce taux d’inflation, révélateur de la santé de l’économie, en régulant l’offre de crédit :

  • Si les banques émettent trop de crédits, la masse monétaire augmente et l’inflation grimpe, l’économie est en surchauffe. Les banques centrales montent alors leur taux directeur (taux de refinancement des banques commerciales auprès de la banque centrale lorsqu’elles ont besoin d’argent). Du coup le taux des crédits bancaires augmentent aussi et les crédits deviennent moins nombreux.
  • S’il n’y a pas assez de crédits en cours, la masse monétaire diminue et l’inflation fait de même. Seulement le système n’est pérenne que si le taux d’inflation est autour des 2% (cible pour la Fed et la BCE). Pour relancer l’économie et stimuler les investissements, les taux directeurs sont abaissés.

Si vous souhaitez aller plus loin dans la compréhension du mécanisme d’argent-dette, j’ai sélectionné une courte vidéo, certes engagée, qui explique rapidement le fonctionnement de la création monétaire.

Qui crée l’argent ? – en 10 minutes. Gabriel RABHI (Inter-Agir.fr)

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